L’amnésie collective provoquée par notre dépendance à la technologie fait des ravages selon une nouvelle étude.

Connaissez-vous par cœur le numéro de téléphone de votre conjoint(e)?

À l’heure où tout est accessible au bout de vos doigts, il est devenu naturel de ne pas se rappeler certains renseignements pourtant essentiels.

Tel est le genre de questions posées par la firme de recherche Kaspersky Lab, également spécialisée en sécurité informatique, dans le cadre de l’étude The Rise and Impact of Digital Amnesia. Bien entendu, l’idée de sonder la population sur le potentiel stress que pourrait provoquer la perte de leurs données personnelles n’est pas totalement désintéressée : l’entreprise vend diverses solutions destinées à protéger vos renseignements personnels.

Cela dit, les résultats de l’étude ne sont pas pour autant inintéressants.

À l’heure où toute l’information dont vous pouvez avoir besoin est facilement accessible au bout de vos doigts, il est devenu naturel de ne plus faire l’effort de se rappeler certains renseignements pourtant essentiels. C’est peut-être ce qui explique pourquoi plus de la moitié des Européens sondés n’était pas en mesure de se souvenir du numéro de téléphone de leurs enfants, et que près du tiers ne connaissait pas celui de leur partenaire par cœur.

Un aperçu de notre incapacité de mémoriser certains numéros de téléphone (Image : Kaspersky Lab).

Un aperçu de notre incapacité de mémoriser certains numéros de téléphone (Image : Kaspersky Lab).

«Nous avons besoin de comprendre les implications à long terme de cette situation sur notre capacité à mémoriser et la façon de protéger ces informations», a déclaré David Emm, directeur du département de recherche en sécurité de Kaspersky Lab. «Puisque les numéros de téléphone de nos êtres chers sont maintenant à la portée d’un clic, nous ne prenons plus la peine de les mémoriser.»

En ce qui concerne les connaissances générales et spécialisées sur un sujet précis, le recours à Google ou Wikipédia semble provoquer un triste constat : 61% des répondants européens affirment qu’ils ont besoin de réponses rapidement, et qu’ils n’ont simplement pas le temps d’effectuer leurs recherches dans des ouvrages et des références dont l’information qui s’y trouve est traditionnellement plus complète et mieux documentée.

Est-ce vraiment dramatique?

«Le fait d’oublier n’est pas en soi une mauvaise chose», selon Dr. Kathryn Mills, de l’Institute of Cognitive Neuroscience de l’University College de Londres. «Nous sommes de magnifiques créatures adaptables, et la raison pour laquelle nous ne nous souvenons pas de tout est parce qu’il n’est pas dans notre intérêt de le faire.» Elle ajoute cependant que le fait d’oublier devient évidemment nuisible lorsqu’il implique la perte d’informations vitales.

Dr. Mills croit que la confiance profonde que nous avons en nos appareils connectés est ce qui a contribué à déclencher une hiérarchisation de l’importance de certaines informations.

«Lorsque Wikipédia est hors service, mon quotient intellectuel baisse de 30 points» (Image : XKCD).

«Lorsque Wikipédia est hors service, mon quotient intellectuel baisse de 30 points» (Image : XKCD).

Ce n’est pas la première fois qu’il est question des implications d’Internet sur notre mémoire collective. En 2011, la psychologue Betsy Sparrow publiait une étude intitulée Google Effects on Memory : Cognitive Consequences of Having Information at Our Fingertips. Bien plus qu’un simple sondage, l’une des étapes de l’expérience avait pour but de vérifier comment notre capacité cognitive pouvait être influencée par la technologie.

Conclusion? Lorsqu’on demande à quelqu’un de taper une quarantaine d’affirmations à l’ordinateur, celui qui croit que l’information sera enregistrée automatiquement est plus susceptible de ne pas mémoriser celle-ci que celui qui croit que rien de ce qu’il tape ne sera préservé.

Si le sujet vous intéresse, nous vous invitons à lire l’article traitant de cette expérience écrit par un blogueur assez extraordinaire.