Yves Provencher/Métro

Pour souligner son 100e anniversaire, le Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale du Québec ouvrait ses portes aux médias hier. Voici quelques échantillons du travail scientifique qui y est effectué pour aider aux enquêtes criminelles des corps policiers.

Découper les morts
Yan Dazé est l’un des cinq pathologistes judiciaires qui effectuent la plupart des autopsies médico-légales dans les cas de mort violente ou suspectes qui ont lieu au Québec. Cela représente de 650 à 700 autopsies par année. Une autopsie consiste à ouvrir un corps, à sortir tous les organes et à les disséquer pour les analyser. Les pathologistes, médecins de formation, constatent ainsi les lésions naturelles et les lésions traumatiques. Dans 95 % des cas, les médecins réussissent à déterminer la cause probable du décès. Parmi les autopsies les plus marquantes qu’a réalisées M. Dazé se trouvent celles des victimes des tragédies de Lac-Mégantic et de L’Isle-Verte. «Il y avait un investissement émotionnel beaucoup plus grand que d’habitude», a jugé M. Dazé.

Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale du Québec

Démasquer par l’écriture
Mylène Signori, spécialiste judiciaire en documents, effectue l’analyse comparative de signatures et d’écritures. «On peut identifier une personne par son écriture, qui est vraiment individualisée», a expliqué Mme Signori. Cela a permis par exemple d’identifier deux auteurs d’un homicide en démontrant que la correspondance qu’ils avaient entretenue était bien la leur. Mme Signori travaille aussi à reconstituer des écrits déchiquetés, à déterminer la concordance entre des appareils, comme des imprimantes, et des textes et à identifier la contrefaçon et les imitations. «Lorsqu’on fait une imitation, les signes d’hésitation sont visibles au microscope», a souligné la criminologue. Attention à ceux qui seraient intéressés à falsifier un chèque en ajoutant quelques zéros au montant, l’appareil optique VSC 6000 filtre l’encre utilisé par des stylos différents et détecte les éléments d’écriture qui ont été ajoutés au document original.

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Reconstituer les événements
Le département de biologie, qui identifie environ 1 000 individus chaque année par leur ADN grâce entre autres à des résidus de salive, de peau, de sang, de sperme et de cheveux, est le plus grand du laboratoire, avec les 63 personnes qui y travaillent. L’une d’elles est Karine Gibson, experte en taches et projection de sang. Elle se déplace notamment sur les scènes de crime pour observer les patrons de projection et les différents types de gouttes de sang. «On reconstitue des séquences de l’événement, ce qui peut par la suite appuyer la preuve, et valider ou infirmer la version d’un suspect ou d’un témoin», a raconté Mme Gibson. Elle fait aussi les prélèvements de sang qu’elle juge importants pour tenter d’identifier la victime et l’agresseur, et elle les analyse ensuite en laboratoire.

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Analyser les armes à feu
Toutes les armes à feu saisies par des corps policiers au Québec passent par la section balistique du laboratoire. Guillaume Arnet et ses collègues spécialistes en balistique judiciaire trouvent la signature de chacune de ces armes, c’est-à-dire la marque unique qu’elles laissent sur une douille, en tirant dans l’eau dans un puits de tir. Ces signatures propres à chaque arme sont ensuite numérisées, et on vérifie si elles correspondent aux douilles trouvées sur des scènes de crimes non résolus depuis 1969. Ce département étudie aussi les trajectoires et les impacts des balles. Les déchirures sur les vêtements de personnes décédées par balle aident notamment à déterminer la distance de tir.

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